
Il s’appelle Jean François WAMBEKE. Il a 40 ans. Comme
d’habitude, ses premiers mots sont pour m’avertir de son
parcours de vie très « particulier ». Finalement,
dans cet environnement cheval, tous les chemins que prennent les protagonistes
sont sinueux et inattendus. Il y a un côté poète
chez cet éleveur d’ânes, et en tout cas une volonté
de se distinguer et de réussir sa vie ailleurs que dans une
frénésie commerciale.
Une première passion l’entraîne vers les bassins
où ses performances de nageur le mènent vers le haut
niveau. C’est ainsi qu’il va passer une partie de sa jeunesse
entre le sport et les études qu’il mène avec brio.
Il passe un bac technique électronique et électricité
mécanique. Durant tout ce temps, il s’approche et s’occupe
des chevaux
« il faut dire que le haras
est proche de la piscine dans laquelle je nage plusieurs heures par
jour ».

Il a 18 ans et part en formation dans une école d’informatique.
C’est le début de la micro.
Deux ans après, il en sort avec le diplôme. Son père
travaille chez IBM et il y fait de nombreux stages. C’est l’époque
des TUC (embauche des jeunes payés en partie par l’Etat)
et il atterrit chez FRAM dont c’est le début.
« J’ai travaillé alors directement avec Philippe
PAULDERMANN qui en est le créateur et ce pendant presque 10
ans ». Il innove et met en place le système informatique
de l’opérateur voyagiste. Pourtant, le système
lui pèse :
« je n’ai jamais
supporté les contraintes. J’avais 30 ans. J’ai
décidé de me diriger vers l’agriculture et j’ai
passé un BEPA en élevage « option mouton. ».
J’avais l’idée de créer une ferme pédagogique
pour travailler dans la direction des races en voie de disparition.
Mais, je n’ai trouvé aucune aide et ce projet est tombé
à l’eau . Ce n’était pas un projet agricole
».

Durant quelques mois, il fait de la formation en informatique et lui
même suit des cours commerciaux au cours desquels il travaille
la gestion. Il trouve le lieu adéquat et lance l’idée
de la production de lait d’ânesses
« j’ai beaucoup travaillé avec l’INRA et
avec l’hôpital PURPAN à Toulouse".
Un premier problème se pose : il est impossible de commercialiser
le lait d’ânesses malgré ses grandes qualités,
ne serait-ce que parce que le prix de vente est élevé
: 30 € le litre ». Il a33 ans, a rencontré la femme
de sa vie et s’installe donc avec 4 ânesses et un âne
entier de race commune pour tenter l'expérience.
Que possède donc ce lait d’ânesses ? Il est très
reconstituant et beaucoup de gens malades viennent chez lui pour en
acheter. Il n’a pas de caséine et pas de matière
grasse. Il est très proche du lait maternel
« on disait à l’époque qu’il fallait
une ânesse pour nourrir trois enfants ». C’est
un lait parfaitement digeste. Il contient des antibiotiques naturels
et les anciens soignaient les malades avec ce lait.

Pour écouler la production de lait, et à la faveur d’un
coup heureux du sort, il entre en contact avec un laboratoire de cosmétique,
celui qui produit les produits Méssegué, qui accepte
de travailler sur des produits de beauté à base de lait
d’ânesses. Par ailleurs, François achète
une machine à faire des savons :
«
nous façonnons les savons avec un produit de base imposé
par la loi auquel nous rajoutons une partie de lait frais d’ânesses
».

Aujourd’hui, il possède une trentaine d’ânes
(15 mères) et commence à vivre de sa production
«
une question se pose à moi. Faut il augmenter ma structure
? Augmenter ma production ? J’ai la hantise du business. En
réalité, je crois que je vais rester petit et marginal.
Mais il faut se battre pour ne pas céder à la pression
».
Gilbert DE KEYSER