Elle
s’appelle Véronique de SAINT VAULRY. Elle a 40 ans,
mais comme pour la plupart des artistes, il est difficile de lui
donner un âge. Ses yeux scintillent et seules quelques petites
rides de sourire peuvent nous amener à penser qu’elle
n’a pas 25 ou 30 ans. Il y a de la vie et de l’insouciance
dans son regard, et c’est ce qui nous entraîne dans
son univers, fait de sculptures et de dessins. C’est certain,
il y autre chose comme message que le cheval dans son œuvre,
et la suite de notre entrevue ira dans ce sens.
Elle dessine depuis l’âge où sa main devient
une messagère et l’instant où le monde se
différencie et se représente à elle autrement
que comme une fusion charnelle. Elle est née dans l’Est,
mais, nomade de fait, elle se retrouve à Chambéry
et à Bourges. A 10 ans, elle monte à cheval et passe
des degrés (galops). Elle obtient son bac de lettres puis
le CAPES et devient à l’âge de 22 ans professeur
de Francais. Elle évolue, environnement familial oblige,
dans un espace « cheval » car son oncle est éleveur
d’ânes et de juments d’Auvergne (une race spécifique,
entre le comtois léger et le mérens) :
« je débourre et dresse les chevaux de mon oncle,
en pleine nature, sans rond ni carrière et cela me donne
comme obligation de regarder parfaitement ce qui se passe. J’ai
fait ça entre 13 et 20 ans et j’y ai beaucoup appris
».
Elle achète son premier cheval, «ALTO », et
découvre le TREC qui la passionne. Elle ne fait pas les
choses à moitié ; elle accède au championnat
de France et finit vice championne de TREC à Lausanne en
1993. Déjà, elle « croque » et dessine,
croise Claude LUX et fait son premier papier dans le numéro
1 de Cheval Pratique. On retrouve alors sa signature, pas de pseudo
chez elle, dans la plupart des magazines équestres. Elle
travaille pour Pierre MIRISKI (Cheval Pratique et Cheval Loisirs),
illustre des ouvrages et écrit son propre bouquin «
le cheval d’extérieur ». Elle collabore depuis
une dizaine d’années avec Cheval Magazine, à
la demande de Monsieur Laurent CHEHU son rédacteur en chef
: « c’est un vrai magazine,
qui touche un maximum de gens. C’est pour cela qu’y
travailler me convient. De plus, j’y fait pas mal de «
papiers »et d’illustrations de textes. Je m’intéresse
à la relation qui existe entre le cheval et l’homme
et à la façon éthologique d’entrer
en contact avec son cheval. J’ai d’ailleurs rencontré
Pat PERELLI et d’autres, qui m’ont amenée à
réinventer les relations entre l’animal et les humains
».
Elle
continue à peindre et à sculpter. Le matériau
définitif est le bronze, mais les travaux se font indifféremment
sur de la cire, avec de la terre ou de la résine. C’est
en 2000 qu’elle expose pour la première fois au Salon
du Cheval de Paris et c’est le coup de foudre entre les
visiteurs et ses créations. Il lui faut un peu de temps
pour accepter l’idée de se séparer de ses
tableaux, mais la relation qui se noue entre elle et ses acheteurs
l’aide. Pour eux (les acheteurs), l’achat est un choix
affectif : « je reste en contact
avec eux, et je sais où se trouve le tableau. Il n’empêche
que je photographie toutes mes oeuvres ». Elle continue
d’écrire et son prochain ouvrage traite de la peur
du cheval. Elle écrit, «
dans la douleur », le matin et sculpte la nuit.
Elle reconnaît être le produit du hasard, mais avoue
ne pas gagner sa vie de ses créations pas plus que de son
écriture. Son gagne pain, c’est son métier
de prof, même si aujourd’hui elle est à mi-temps.
Elle est dans un moment d’équilibre parfait : «
si j’avais fait mes bronzes à 20 ans, sans doute
n’auraient-ils pas été bons. L’âge
est intéressant parce que l’on est plus à
même d’observer, on est plus calme, on comprend mieux
les choses, et les objets sont plus aboutis, sauf l’écriture
qui reste pour moi de l’arrachage de tripes ! ».
Gilbert DE KEYSER