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2007


R encontre avec un grand de la photo !


Il s’appelle Gérald BUTHEAU. Il a 58 ans. Je l’ai connu parce qu’il a gagné le Stylo d’Or de la photographie grâce à un ouvrage magnifique. C’est une des premières fois où il y a tellement de belles et bonnes photos que l’on a du mal à choisir. Ses photos sont explicites : la liberté, l’espace, les couleurs, l’expression. Evidemment, je ne pouvais que prendre partie pour cet artiste, mais c’est encore plus criant lorsque l’on connaît sa vie, son itinéraire.



Il est né en Tunisie, à Carthage, où son père exerçait le métier de juge de paix dans le bled. Nous sommes en 1946 et la vie professionnelle dans un protectorat français était particulière : « mon père faisait ses tournées dans les villages à dos de mule ». C’est ainsi qu’il rendait justice. Il revient en France à l’âge de 12 ans. Il passe son bac de philosophie à 17 ans, puis entre en fac de droit. Pourtant, ce n’est pas son truc : « mon rêve, c’était de devenir éleveur de Connemara et nous avions comme projet avec ma mère de créer un élevage ». Pendant ces années d’études, il continue à faire du cheval, « de pleine nature » comme on dirait aujourd’hui. Il part de plus en plus souvent dans des voyages « délires », en stop. Il a 16 ans mais rien ne lui fait peur : « j’ai fait l’Espagne, le Portugal, la France en tous sens, puis en 1965 je suis parti faire le tour des Etats-Unis. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire des photos ».



Il fait une multitude de petits boulots mais continue à faire des photos avec un petit appareil en plastique «Star flash» : « jusqu’à ce que je décide d’allier mon envie de voyage avec la passion de la photo ». En 1968, Il entre à la Nouvelle République du Centre Ouest où il restera 9 mois (à Saumur) à faire les chiens écrasés : « c’est la meilleure des écoles. J’y ai tout appris du métier de journaliste. On est sur le terrain, on gratte les informations dans les coins les plus reculés». Il va à Tours où il est engagé comme rédacteur pour remplacer un journaliste : la première des choses qu’il entend « il faut faire attention au bureau (vieux de plus de 25 ans) " Il a eu peur et Il est parti.


Ces pas le mènent en Angola en 1969 comme reporter de guerre alors qu’il ne possède aucun papier ni carte de presse. Il vend son reportage à plusieurs journaux : « j’ai compris que la voie royale passait par ce type de reportages. J’ai donc couvert la plupart des conflits d’Afrique (Namibie, Mozambique, Afrique du Sud, Rhodésie …) ».

En 1973, il fait un reportage au Botswana dans le désert du Kalahari avec les Bochimans (pendant 6 semaines). Il s’arrête alors chez un fermier qui lui propose de convoyer 600 vaches sur 600 km. Il fera donc un reportage qu’il vendra à plusieurs magazines et journaux.

En avril 1977 c’est le grand pas : «avec trois copains, j’ai pu créer une agence photo Agence RUSH qui a vite très bien marché. Nous avons été jusqu’à 14 photographes et avons été concurrents de l’Agence GAMA. Nous l’avons revendue en 1981". Ce sont les années d’or pour ce type de reportage (jusqu’à 1990).

Il regarde, il analyse, il souffre, il se questionne, durant tous ces voyages et il devient un autre. Les temps changent, les journalistes reporters sont pris pour cible : « et pourtant, ils sont les remparts pour la liberté. Ils montrent les choses qui cachées font le totalitarisme". Il part faire un reportage dans le nord de Fez, à Titia. 600 cavaliers pour une fantasia extraordinaire et « j’ai pu faire des photos, planté en plein milieu ». Il y fait la connaissance du roi et les portes des haras royaux s'ouvrent : magnifiques chevaux, magnifiques photos. « Je continue d’ailleurs à travailler pour lui ».

Son neveu propose à Gérald de faire une expo au salon du cheval de Paris. C’est le grand départ. Cette exposition marche superbement, les commandes suivent, entre autre le catalogue des chevaux de l’Aga Khan. Enfin, il créé un ouvrage photos de toute beauté intitulé « des chevaux et des hommes », Il sort en novembre 2004 et il est épuisé au mois de janvier (10 000 exemplaires).

Il faut raconter une anecdote dramatique pour les auteurs et les éditeurs : « nous avons reçu une lettre recommandée de l’avocat du Haras de la Cense pour le dépôt d’une plainte concernant le nom du bouquin qui est protégé. Il fallait arrêter la publication et mettre le reste des ouvrages au pilon (pour les détruire). Du coup, l’éditeur refuse de continuer à produire mon bouquin. C’est la catastrophe pour moi mais également pour tous les éditeurs de France. Par ailleurs, il semble que le dépôt de plainte ait été fait après la sortie du bouquin. Il faut que cela se sache. En tout cas je ne baisserais pas les bras».

« En ce qui concerne les jeunes, il faut qu’ils travaillent. Lorsque l’on est passionné, il faut aller jusqu’au bout et croire à son histoire. Je ne dirais qu’une seule chose : accroches toi petit ! ».

Gilbert DE KEYSER

Crédit photos : Karine MERIENNE


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