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Il s’appelle Gérald BUTHEAU. Il a 58 ans. Je l’ai
connu parce qu’il a gagné le Stylo d’Or de la
photographie grâce à un ouvrage magnifique. C’est
une des premières fois où il y a tellement de belles
et bonnes photos que l’on a du mal à choisir. Ses photos
sont explicites : la liberté, l’espace, les couleurs,
l’expression. Evidemment, je ne pouvais que prendre partie
pour cet artiste, mais c’est encore plus criant lorsque l’on
connaît sa vie, son itinéraire.
Il est né en Tunisie, à Carthage, où son père
exerçait le métier de juge de paix dans le bled. Nous
sommes en 1946 et la vie professionnelle dans un protectorat français
était particulière : «
mon père faisait ses tournées dans les villages à
dos de mule ». C’est ainsi qu’il rendait
justice. Il revient en France à l’âge de 12 ans.
Il passe son bac de philosophie à 17 ans, puis entre en fac
de droit. Pourtant, ce n’est pas son truc : «
mon rêve, c’était de devenir éleveur de
Connemara et nous avions comme projet avec ma mère de créer
un élevage ». Pendant ces années d’études,
il continue à faire du cheval, « de pleine nature »
comme on dirait aujourd’hui. Il part de plus en plus souvent
dans des voyages « délires », en stop. Il a 16
ans mais rien ne lui fait peur : «
j’ai fait l’Espagne, le Portugal, la France en tous
sens, puis en 1965 je suis parti faire le tour des Etats-Unis. C’est
à partir de là que j’ai commencé à
faire des photos ».
Il fait une multitude de petits boulots mais continue à faire
des photos avec un petit appareil en plastique «Star flash»
: « jusqu’à ce que je
décide d’allier mon envie de voyage avec la passion
de la photo ». En 1968, Il entre à la Nouvelle
République du Centre Ouest où il restera 9 mois (à
Saumur) à faire les chiens écrasés : «
c’est la meilleure des écoles. J’y ai tout appris
du métier de journaliste. On est sur le terrain, on gratte
les informations dans les coins les plus reculés».
Il va à Tours où il est engagé comme rédacteur
pour remplacer un journaliste : la première des choses qu’il
entend « il faut faire attention au
bureau (vieux de plus de 25 ans) " Il a eu peur et Il
est parti.
Ces pas le mènent en Angola en 1969 comme reporter de guerre
alors qu’il ne possède aucun papier ni carte de presse.
Il vend son reportage à plusieurs journaux : «
j’ai compris que la voie royale passait par ce type de reportages.
J’ai donc couvert la plupart des conflits d’Afrique
(Namibie, Mozambique, Afrique du Sud, Rhodésie …) ».
En 1973, il fait un reportage au Botswana dans le désert
du Kalahari avec les Bochimans (pendant 6 semaines). Il s’arrête
alors chez un fermier qui lui propose de convoyer 600 vaches sur
600 km. Il fera donc un reportage qu’il vendra à plusieurs
magazines et journaux.
En avril 1977 c’est le grand pas : «avec
trois copains, j’ai pu créer une agence photo Agence
RUSH qui a vite très bien marché. Nous avons été
jusqu’à 14 photographes et avons été
concurrents de l’Agence GAMA. Nous l’avons revendue
en 1981". Ce sont les années d’or pour
ce type de reportage (jusqu’à 1990).
Il regarde, il analyse, il souffre, il se questionne, durant tous
ces voyages et il devient un autre. Les temps changent, les journalistes
reporters sont pris pour cible : «
et pourtant, ils sont les remparts pour la liberté. Ils montrent
les choses qui cachées font le totalitarisme".
Il part faire un reportage dans le nord de Fez, à Titia.
600 cavaliers pour une fantasia extraordinaire et
« j’ai pu faire des photos, planté en plein milieu
». Il y fait la connaissance du roi et les portes des
haras royaux s'ouvrent : magnifiques chevaux, magnifiques photos.
« Je continue d’ailleurs à
travailler pour lui ».
Son neveu propose à Gérald de faire une expo au salon
du cheval de Paris. C’est le grand départ. Cette exposition
marche superbement, les commandes suivent, entre autre le catalogue
des chevaux de l’Aga Khan. Enfin, il créé un
ouvrage photos de toute beauté intitulé « des
chevaux et des hommes », Il sort en novembre 2004 et il est
épuisé au mois de janvier (10 000 exemplaires).
Il faut raconter une anecdote dramatique pour les auteurs et les
éditeurs : « nous avons reçu
une lettre recommandée de l’avocat du Haras de la Cense
pour le dépôt d’une plainte concernant le nom
du bouquin qui est protégé. Il fallait arrêter
la publication et mettre le reste des ouvrages au pilon (pour les
détruire). Du coup, l’éditeur refuse de continuer
à produire mon bouquin. C’est la catastrophe pour moi
mais également pour tous les éditeurs de France. Par
ailleurs, il semble que le dépôt de plainte ait été
fait après la sortie du bouquin. Il faut que cela se sache.
En tout cas je ne baisserais pas les bras».
« En ce qui concerne les jeunes, il
faut qu’ils travaillent. Lorsque l’on est passionné,
il faut aller jusqu’au bout et croire à son histoire.
Je ne dirais qu’une seule chose : accroches toi petit ! ».
Gilbert DE KEYSER
Crédit photos : Karine MERIENNE
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