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LE SPECTACLE DE LYON
« Symphonie équestre »

D’abord il y a les musiciens, avec leurs essais instrumentaux.
Vous savez ces petits bouts de musique que l’on entend et
qui leur permet d’accorder, qui son violon, qui sa guitare,
qui son violoncelle. L’obscurité est (presque) totale.
De l’endroit ou nous nous trouvons, nous voyons scintiller
les pupitres des musiciens, et le chef d’orchestre qui baille
à se décrocher la mâchoire. « C’est
les nerfs » comme dirait Coluche. Ce chef d’orchestre
la, c’est un cas, un extra terrestre. Il est habité
cet homme là. Les lutins doivent lui grignoter l’intérieur
de la tête.

Le champ lumineux qui habille la piste est hallucinatoire et j’aurais
du me méfier : ce n’était pas innocent. Une
espèce de tension artistique envahit progressivement l’atmosphère
et elle devient palpable lorsque le chef d’orchestre tapote
son pupitre pour attirer l’attention de l’orchestre
symphonique de Lyon. Hé oui, ce n’est pas n’importe
quel groupe de quartier. Il s’appelle Philippe FOURNIER.
J’aurais
d’autant plus du me méfier que la veille j’avais
eu une discussion avec Alain BLANQUET, le créateur, l’instigateur
de ce spectacle finalement concocté conjointement par lui-même,
par le chef d’orchestre déjà nommé et
par Sylvie ROBERT, la responsable du salon. Cette création
à 6 mains est sans doute ce que j’ai vu de plus harmonieux
et de plus vibratoire depuis longtemps. Pourtant les numéros
sont connus, parfois archi-connus, et pourtant…
Le concept du spectacle est venu d’Alain, un jour, à
partir de la trilogie suivante : la musique est essentielle aux
films, peu de film sans chevaux donc pourquoi pas un spectacle cheval
sur des musiques de film. La deuxième option fut de ne pas
caricaturer ces musiques mais de les sublimer et de faire parler
les sensations, les sentiments et « il était une fois
dans l’ouest » ne se passe pas avec des cow-boys mais
avec une danseuse et un cavalier.
Voila
comment le mariage fut consommé entre un orchestre philharmonique
et des artistes équestres, c'est-à-dire entre la musique
et des images. Pari réussi. Les spectateurs ne s’y
sont pas trompés, debout, ovationnant François PIGNON
et ses chevaux d’amour ou encore Bruno BOISLIVEAU et son Don
Quichotte exceptionnel. Spectacle fusionnel et frissons assurés.
Personne n’a vu le temps passer, les tableaux se sont succédés
sans anicroche, la féerie, la magie ont fonctionnées.
A bien regarder, ceux qui font le spectacle aujourd’hui, ce
sont les concepteurs et après les crinières d’Or
et Equestria de Maurice et Fabien GALLE, les spectacles d’Albi
de Dominique DUTRIEU, prend place le spectacle d’Equitalyon
d’Alain BLANQUET.
C’est Jean François PIGNON qui ouvre le bal, avec une
entrée spectaculaire de ses chevaux en liberté, à
qui il parle, de loin, et le numéro s’effectue. Un
lien invisible les lierait-il ? Musique et chant, cristallin à
souhait. La douceur de Jean François Pignon est transcendée.
Nous sommes dans un monde imaginaire ou l’humain parle cheval..
C’est
la musique de Laurence d’Arabie qui nous annonce le numéro
suivant. Frissons ! Tableau exotique, coloré et dressage
d’un chameau (ou peut être d’un dromadaire ?)
avec appuyés et changement de temps au galop. Incroyable.
C’est quoi cette musique qui à elle seule nous entraîne
vers des sentiments exacerbés, des retrouvailles et des déchirures,
des temps fusionnels et le vide absolu ? De toute façon Sylvain
et sa danseuse Cathy laissent parler leurs corps, à demi
nus, la danseuse énamourée et le cavalier insolite
se tournent et se détournent, s’enlacent et se séparent,
le mythe du prince charmant et de son cheval blanc, pur et magnifique
ne sont pas morts.
Et
puis la voix de Jacques BREL retentit dans cette pénombre
complice. A s’y méprendre. Le grand Jacques et de retour.
En réalité il s’appelle Bernard BRUEL et le
mimétisme est flagrant. Pendant que l’on rêve
d’un autre temps, sur la piste, de petits lutins, de noirs
vêtus étendent une grande toile brune. La deuxième
chanson nous transporte au temps de l’Espagne de Cervantès
et cette voix qui chante Don Quichotte de la Mancha.
C’est Bruno BOISLIVEAU qui nous fait une démonstration
de « Garrocha » sur une mer d’huile ou dans des
vagues capricieuses, déferlant au rythme de la musique. Connu
ce numéro ?, Certe oui mais cette soirée a quelque
chose d’irréel et d’unique. Même le ramassage
de cette mer démontée, afin de laisser la place aux
autres artistes, fait partie d’un ballet chorégraphié
au millimètre près.
La présentation des chevaux de courses semble quelque peu
anachronique, mais Gilles FORTIER et sa troupe nous entraîne
bien vite dans un carrousel improbable, les torches formant une
allée royale, les garoches s’emmêlent, s’étirent
et virevoltent tandis que les chevaux s’évertuent à
nous faire croire que le dressage c’est facile. Gilles FORTIER
c’est le mythe du centaure revisité, personne mieux
que lui nous démontre l’impossible étoile, la
perfection aboutit, l’aisance superbe et irrémédiable.
Il ne monte pas à cheval, il permet au cheval de se montrer
beau et harmonieux. La musique du film Docteur Jivago ne fait qu’accentuer
cette impression incroyable.

Jean François PIGNON revient nous prouver qu’il existe
un méta langage, adapté aux chevaux, grâce auquel
il appelle, renvoi, fait tourner, reculer, asseoir, coucher ses
chevaux, du plus petit au plus grand. Son numéro est bien
rodé, la magie est de ne pas voir les fils de la marionnette.
Le public est debout, c’est une ovation. « Mais comment
est-il possible de communiquer aussi bien avec vos chevaux ? Comment
faire vous pour ne pas qu’ils bougent ? » Sa réponse
est étonnante : « je me suis rapproché de DIEU.
Beaucoup me croient fou, mais c’est la vérité.
Tout est plus facile aujourd’hui ?
Et
puis c’est le final, le bouquet final. Du feu, de la voltige
en rond, en long, en large et en travers (du cheval pour passer
dessous et en faire le tour). Sur les rythmes lancinants du film
BEN HUR, les artistes se laissent aller et explosent l’audimat.
Toutes ces acrobaties se terminent par l’arrivée d’un
cavalier en feu. Le public est enthousiaste, les acteurs ont le
sourire, les musiciens et leur étonnant chef d’orchestre
sont radieux et sont également ovationnés. Quelle
belle soirée.
Il va falloir être très fort pour faire mieux !
Gilbert DE KEYSER
Crédit photos : Fleur TENE
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